La technique des 5 pourquoi : Trouvez ce qui vous mine vraiment

Updated: Mar 17, 2021

Comment mieux comprendre et dépasser vos inquiétudes.



Prendre le temps de s'écouter


Qui ne s’est jamais trouvé.e stressé.e ou préoccupé.e parfois des jours durant, à ressasser une ou plusieurs contrariétés en boucle, alors que celles-ci ne semblent pourtant pas si graves ? Qui n’a jamais été sujet.te à l’anxiété voire à l’angoisse, celle qui vous noue l’estomac sans qu’on sache pourquoi ? 


On peut comparer l’esprit à beaucoup de choses, et sur ce sujet il m’évoque un tourne-disque qui saute. Une première idée défile, puis votre esprit saute à une autre, voire une autre encore, avant de revenir à la première, en ne produisant qu’une mélodie déformée et hachée, plutôt irritante. 


Alors que si on prend le temps de s’y intéresser, saisir le bras de lecture et le replacer, dès qu’il saute, là où il s’était arrêté, on pourrait enfin avoir la suite de la mélodie. (Mais il faut dire qu’on a souvent un peu peur de l’entendre...)



Le questionnement méthodique


La méthode des cinq pourquoi, qui consiste tout simplement à se questionner consécutivement “pourquoi” cinq fois pour analyser un problème, nous vient de Sakichi Toyoda, le fondateur de Toyota. Créée pour résoudre des problèmes d’ordre plutôt industriel et utilisée comme base de méthode de résolution de problèmes en contrôle qualité, elle a trouvé chez moi un nouvel usage : Celui de canaliser un esprit agité et le forcer à développer ce qui l’inquiète...


La technique est très simple : De tête, à l'oral ou à l'écrit, il s'agit, dans un premier temps, d'expliquer ce qui vous préoccupe, puis de vous demander "pourquoi ?" et de répéter cette opération 5 fois. 


(J'ai une préférence pour l'écrit, sous forme de dialogue avec soi-même, parce que je fais partie des gens qui ont besoin d'écrire pour se vider l'esprit et pouvoir organiser leurs pensées.)


Exemple :


- Je suis stressée par le début de ce nouveau travail. - Pourquoi ? (1) - Parce que j'ai envie que tout se passe bien et j'ai peur de faire quelque chose de travers et j'espère bien m'entendre avec tout le monde... - Pourquoi ? (2) - Parce que j'ai peur de ne pas être à la hauteur et/ou que les gens ne m'apprécient pas.  (...)

Remarque : Il se trouve que 5 est plutôt une bonne moyenne et permet généralement d'atteindre le noeud du problème, mais rien n'empêche évidemment de raccourcir ou rallonger l'exercice. 

A mesure que vous avancerez dans cet échange, plus vous avancerez dans les "pourquoi ?", plus vous vous éloignerez du premier sujet de discussion pour atteindre des réponses auxquelles vous ne vous attendiez pas, et remontant potentiellement jusqu'à des expériences vécues pendant votre enfance. Vous découvrirez alors ce qui se cache derrière les "causes superficielles" de stress qui vous préoccupent momentanément... 


(...) - Pourquoi ? (3) - Parce que tout le monde m'apprécie généralement et que je sais que je suis plutôt compétente et que c'est important pour moi de ressentir ça et si ça se passait mal ça serait affreux. - Pourquoi ? (4) - Parce qu'en grandissant je n'ai pas eu tellement d'encouragements et d'affection de mes proches et que c'est devenu très important pour moi d'en avoir de l'extérieur.  - Pourquoi ? (5) - Simplement parce que c'est comme ça qu'étaient mes proches, ce n'est pas de leur faute. Maintenant c'est à moi de dépasser ça, reconnaître la valeur que j'ai et ne pas la laisser dépendre de ce que mes nouveaux collègues penseront de moi.

Cette technique marche bien entendu très bien sur autrui également. Bien amené, et en évitant de dépasser les limites de ce que la personne est prête à partager, ça peut être un bon moyen de donner un coup de pouce à un.e ami.e ou même à un.e inconnu.e...



L’exemple du tiramisu


Pour illustrer cette démarche je vous propose une histoire vraie qui m’est arrivée en soirée l’année passée. Une amie d'amie nous avait préparé un tiramisu. Nous l’appellerons Laura. (Elle, pas le tiramisu hein.)


La soirée “bat son plein” (on boit de l’alcool et des sodas en racontant n'importe quoi et en écoutant du Britney Spears). Laura vient nous demander comme une petite souris si nous avons aimé son tiramisu. Bien sûr que nous l’avons aimé ! Et puis nous retournons à nos conversations et à nos verres. Elle demande alors à d’autres personnes, son tiramisu dans les mains, et propose à qui veut d’en reprendre, et tous de décliner poliment. (Le ventre déjà plein de cochonneries et de boissons, une part était amplement suffisante !) 


Je la retrouve un peu plus tard en cuisine, toute chagrinée, plutôt alcoolisée, à me dire : “Tu me le dirais s’il n’était pas bon ? Non mais j’en avais fait un qui était meilleur la dernière fois, il n’est pas si terrible celui-là…” Je la rassure sur la qualité de son dessert et la ramène même dans le salon pour interrompre tout le monde et leur demander leur avis. Ovation pour le tiramisu. Rien n’y fait, elle reste bloquée sur l’idée que son dessert est nul et qu’on est juste gentil(le)s avec elle. 


Empathie, curiosité et envie d’aider me titillant, je décide de passer en mode intervention et prends ma cape de psychologue de comptoir. Je la prends donc à part dans la cuisine et décide de creuser le problème pour l’aider à dépasser ce qui la bloque. (Tour à tour nous changerons 4 fois de pièce, en passant par les WC et la chambre d’amis pour échapper aux interventions extérieures, et notre discussion durera plus de deux heures. Je vous en propose un résumé grossier : )


- Pourquoi est-ce que tu persistes à penser que ton tiramisu est nul alors qu’on te dit qu’il est délicieux et qu’on n’a juste plus faim ? - Non mais j’ai déjà fait mieux et vous êtes juste gentils avec moi. Je ne suis pas très douée et de toute façon je suis plutôt nulle en tout. - Pourquoi penses-tu que tu es nulle ? - Je ne suis douée pour rien et les histoires de coeur n’en parlons même pas. Ma vie amoureuse est un désastre, personne ne veut de moi et je ne suis même pas jolie…  - (Alors déjà tu es super jolie mais je comprends bien que tu n’arrives pas à le voir et à y croire là tout de suite.) Pourquoi est-ce que tu penses que personne ne veut de toi ? - Il y a eu cette histoire avec ce garçon, on s’est tournés autour pendant si longtemps, je n’osais pas grand chose, lui non plus, mais il s’est quand même passé des choses entre nous, et je viens de découvrir qu’il s’intéressait à une autre fille finalement... ça m’a vraiment blessée… et puis je n’ai pas eu beaucoup d’histoires.... - Pourquoi est-ce que ça t’a autant blessée ? - Il n’a pas été très correct avec moi, j’ai vraiment l’impression qu’il n’en a jamais rien eu à faire de moi…

- De un il a peut-être vraiment eu des sentiments pour toi, ces choses-là peuvent aller et venir. De deux s’il n’a pas été correct avec toi, c’est qu’il n’était pas assez mature émotionnellement et qu’il avait sûrement peur d’une chose ou d’une autre. Peut-être qu’il manquait de confiance en lui pour oser un face à face en toute transparence avec toi. C’est dommage pour lui, pas une perte pour toi.

Ce que je pouvais dire à ce moment-là n'avait pas grande importance, mais le cheminement qu'a fait Laura en répondant à mes questions, lui, lui a permis de réaliser certaines choses. Cette discussion lui a aussi permis de vider son sac et de se débarrasser d’une certaine surcharge mentale que l'alcool a mis en exergue. Il lui a aussi donné des pistes à explorer par la suite pour analyser les événements sous un nouveau jour. 


Et cette démarche, c'est précisément le travail que font les psychologues : Aider à se poser les bonnes questions et montrer du soutien tout en se tenant en retrait pour ne pas influencer la réflexion. (C'est d'ailleurs un peu déroutant là première fois qu'on se décide à voir un.e psy, pour enfin trouver LA solution à nos problèmes, en pensant que ça va nous êtres servi sur un plateau, et ressortir de là avec plus de questions qu'en y entrant...) 


Les réponses on les a généralement déjà, mais elles sont bien enterrées et on a trop la trouille de ce qu’elles pourraient être pour oser les regarder en face… 



Et vous, vous est-il déjà arrivé en creusant un peu, sur vous-même ou sur quelqu'un d'autre, de tomber sur des choses surprenantes en partant d'un petit rien ?


Avez-vous une technique personnelle pour mieux vous comprendre ?

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